Upsiquark

Un garçon et son ombre

Et je m'éveillai. Je ne sais pas comment j'étais arrivé là, mais j'étais là. Où étais-je exactement ? Je n'en étais pas sûr. Mes sens n'étaient pas assez éveillés pour me permettre de bien distinguer l'endroit où je gisais. Je ne distinguais qu'une vague odeur de macchabée, ainsi pouvais-je penser que j'étais dans une morgue. Pourtant, je ne semblais pas mort. Cependant, une pensée m'accaparait l'esprit : si je n'étais pas mort, que faisais-je dans un entrepôt cadavérique ?

Une chose est sûre, j'avais froid. Dans ce lieu macabre, il régnait un froid polaire. Chaque partie de mon corps était froide comme la mort. Mes dents produisaient un faible bruit de claquements, suffisant pour donner à ce lieu une ambiance squelettique. Bien qu'il fisse froid, il n'y avait pas de vent. Pas un seul souffle d'air frais pour apporter quelque poussière du monde extérieur. Pas de vent, pas de bruit. Le silence froid de la mort était de coutume dans cette cave morbide.

Une autre chose est sûre, j'étais seul. Je n'entendais pas d'autres bruits que mes dents qui claquaient et mon corps qui respirait. Un appel à l'aide me brûlait les lèvres mais le froid les avait tant gercées qu'elles ne pouvaient plus s'ouvrir sans m'accabler d'une vive douleur. Aussi préférai-je les garder closes. Dans tous les cas, une morgue ne doit pas être trop fréquentée.

Une dernière chose était sûre, j'avais peur. Et la peur entraîne une myriade de questionnements : qui étais-je ? Étais-je bien vivant ? Que faisais-je là ? Où étais-je ? Comment étais-je arrivé là ? Avais-je une vie avant d'arriver dans cette morgue ? Ou suis-je né ici et maintenant ? Quelqu'un me trouvera-t-il ? Que deviendrais-je ? Si j'étais mort, irais-je au paradis ou serais-je condamné à hanter ces lieux ? Peut-être était-ce l'explication de ma solitude. Si j'étais vivant, verrais-je le monde extérieur ? Et qu'était cette ombre, là-bas ? Cette ombre mouvante que je distinguais malgré l'absence totale de lumière, que faisait-elle là ? Et pourquoi semble-t-elle s'approcher de moi ?

William…

Et cette voix, traînante et murmurante, d'où provenait-elle ? De l'ombre ? Et qui est ce William ? Est-ce moi ?

— Qu… qu… qui est là ? parvins-je à susurrer dans un sursaut de peur et de douleur (maudites gerçures)
Je suis… ton ombre…
— C… c… comment ça ?
Je suis… William… Weaver…

Donc je ne suis pas ce William.

— Me connaissez-vous ? demandai-je peureusement
Tu es… William… Weaver…

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